Refusant d’écouter tous les voyageurs nous conseillant fortement d’éviter la ville de Suchitoto sur notre route vers le Honduras, nous voici au bord du lac Suchitlan dans cette paisible ville qui nous marque par sa relative richesse. Relative car, la route en chicken bus depuis El zonte nous a offert un défilé assez marquant du mode de vie des salvadoriens. Ici pas trop de déchets dans les rues, pas de mendiants et même des poubelles pour le recyclage dans le parc!

Écoutant mon fidèle ami Lonely Planet, on se rend à la Villa Balanza pour voir les chambres. Étrangement la Villa Balanza est un chic restaurant et il semble n’y avoir aucune chambre. La cuisinière nous guide par la porte arrière dans une ruelle en pente très raide vers on ne sait trop où. Chargés de nos gros sacs à dos, la descente n’est pas de tout repos mais la vue en bas vaut vraiment le déplacement. Nous logeons dans une riche maison avec cuisine, salon, TV cablée, internet, toilette privée et air climatisé pour 25$ la nuit. Les meubles antiques et les oeuvres d’arts qui décorent les lieux sont très jolis mais moi, ce qui me plait, ce sont les hamacs au balcon avec vue sur le lac! Je commence à prendre goût à ma sieste d’après dîner en attendant que le soleil s’apaise un peu. Oui y fait chaud en ta…. On carbure aux bouteilles d’eau et à la bière. Nous n’avons pas de carte de la ville donc on se perd une couple de fois avant de comprendre que tout part de l’église au centre de la ville, mais les longues balades dans les rues calmes de Suchitoto sont très agréables.

J’ai eu droit à ma deuxième démonstration de virilité lorsque Maïté qui est dans la douche me crie :  » Steph! Steph! Steph!!!!! » Je lui demande ce qui se passe mais elle se contente de dire :  » hiiii Steph! Steph!! « . Mais « Qu’est-ce qu’il y a » lui dis-je derrière le rideau de douche. « Ne touche pas le rideau » me dit-elle. « Attend! attend! ». Elle sort de la douche en déplaçant avec beaucoup de précaution un coté du rideau et je peux enfin voir LA chose! Un scorpion de 6 centimètres est recroquevillé sur lui-même visiblement apeuré par l’eau ou la femme hystérique qui lui tenait compagnie.

Amusé, je sors de la salle de bain pour aller chercher mon appareil photo. « Quoi!? Qu’est-ce que tu fais!? Mais tue le! » me dit-elle. « Bien non relax, c’est hot! C’est la première fois que j’en rencontre un! » Tout intrigué, je prends le temps de prendre une bonne photo et je m’arme de mon espadrille, prêt pour l’assaut  D’un premier coup, je projette le scorpion au fonds de la douche. Apeuré, il se met en position de combat, pinces devant et dard hérissé et tente de s’enfuir. De peur de le perdre de vue, je n’ai pas pris le temps de prendre un vidéo mais plusieurs bon coups de chaussure on été nécessaires avant de constater la mort de la créature. Maïté a tenue à voir le cadavre de la bête avant que je la flush, afin d’avoir un chance de dormir les prochaines nuits :) AAGGROU! Steph, l’homme de la situation :P

Une chose que j’adore des pays en développement ce sont les marchés publics, avec la multitude de couleurs, d’odeurs et de produits locaux inconnus qui abonde. On est toujours un peu impressionné de voir les quartiers de boeuf accrochés à l’aire libre avec leur cortège de mouches, les sceaux de pattes et de coeurs de poulet et bien d’autres trucs inusités. Les boutiques de gougounes côtoient les étalages de légumes dans un cafouillis général enivrant. Nous amassons quelques courges, des légumes, du riz et une cuisse de poulet crue avec la ferme intention de nous cuisiner notre premier repas ce soir. Étrangement, notre mélange fut au delà de toutes nos espérances! Tellement bon qu’on devrait s’ouvrir un stand sur la main « Comida de Quebec ». On ferait des affaires d’or.
Nous avions vraiment le goût de faire une promenade à cheval, mais le seul tour disponible à 120$ nous semble un peu trop cher. On se rend donc au bureau de tourisme et après quelques coups de téléphone, on se book un trip de 5 heures à cheval avec un repas en famille pour 20$. Wow! cheap! Mais on va devoir travailler un peu. Pour se rendre, on doit prendre le bus public, et débarquer environ à 18km dans un blède perdu, et demander à parler au senor Nelson, car il n’y pas d’adresse, pas de non de rue ici, juste un chemin de terre et quelques maisons délabrées.
Arrivé sur place, on demande à une jeune fille où trouver el senor Nelson et elle nous guide jusqu’à une simple maison où 3 chevaux sont attachés dans la rue. Ces chevaux sont tellement petits et maigres que je n’ose pas monter dessus de peur de les briser. Finalement, ces montures nous ont porté sans problème, dans un dédale de terres agricoles, de montagnes, de volcans jusqu’à une rivière où l’on se repose un peu. La vue durant cette partie du parcours est très belle et Maïté harcèle le guide d’une multitudes de questions du genre : « comment s’appelle cet arbre, cet oiseau. Comment on dit toro en espagnol ». C’est parfait, comme Nelson ne parle qu’exclusivement l’espagnol, ça lui permet de se pratiquer un peu.
La prochaine partie se fait à pied car le terrain de montagne très escarpé n’est pas vraiment chevauchable, c’est mon derrière qui me remercie, après 1h30 de tape cul, un peu de marche fait le plus grand bien. Après 25 minutes de marche, on aboutit à une aire de repos au panorama époustouflant.  Notre guide ne parle pas beaucoup, probablement à cause de la barrière de la langue, mais on l’invite à nous raconter son histoire.
À l’age de 9 ans, il a perdu son père, sa mère et 2 frères, dans la guerre qui déchira le Salvadore de 1980 à 1992. Cette guerre entre les paysans et le gouvernement amena un lot d’atrocités des 2 cotés, 75 000 personnes sont mortes et plus de 300 000 citoyens ont quitté le pays. On apprend que les paysans revendiquaient le droit de posséder une terre pour faire vivre leur famille au lieu de travailler pour les riches sur des terres octroyer uniquement par le gouvernement. Visiblement affecté par ces évènements Nelson s’est ouvert à nous au grand plaisir de Maïté, l’historienne. Voyant notre intérêt pour cette partie de l’histoire du Salvadore, Nelson nous amène à cheval, dans son village natal maintenant déserté et perdu dans la forêt. On y voit sa maison rasée par une bombe, une multitude de trous dans la terre où les gens se cachaient durant les bombardements, les vestiges d’une église, d’une école et les cratères laissés par les bombes lancées par le gouvernement. La randonnée à cheval était déjà excellente, mais là on a vraiment été gâté.